Je m'appelle Morris Michiels. Sur les réseaux, c'est Mowix. J'ai quinze ans, je suis belge, et je passe le plus clair de mon temps libre à photographier des voitures qui ne m'appartiennent pas.
L'automobile, c'est la fondation. Mon père et mon grand-père m'ont plongé dedans bien avant que je sache tenir un appareil : les journées à Spa-Francorchamps, les rallyes dans le village d'à côté, le bruit qu'on entend avant même de voir la voiture arriver. C'est ce qui me fait sourire, et c'est ma raison de me lever le matin.
L'autre chose que j'ai héritée, c'est une façon de travailler. Mon père et mon autre grand-père sont entrepreneurs ; mon père a commencé à dix-huit ans et n'a jamais vraiment arrêté depuis. J'ai grandi en voyant que rien n'arrive tout seul, et que ce qui tient se construit sur des années. C'est de là que vient le réflexe de laisser une carte de visite sur une vitre sans savoir ce que ça donnera.
Ça a commencé fin 2023. J'avais un iPhone 11, le vieux Nikon D7000 de mon père, aucune idée de ce que je faisais et une chaîne TikTok vide. Je postais des voitures croisées en ville, dans des rassemblements, sur des parkings. Je ne savais pas cadrer, je ne savais pas étalonner. Je savais seulement que j'avais envie de recommencer le lendemain.
Le déclic n'est pas une photo. C'est un parking, à l'étranger. J'étais parti faire du shopping, mon appareil sur l'épaule par habitude, et je suis tombé sur une Golf garée là, superbe. J'ai fait quelques images. Puis j'ai glissé ma carte de visite sur le rebord de la vitre, sans y croire une seconde.
Mika m'a écrit. Il venait d'acheter cette voiture deux jours plus tôt — ça l'a fait rire qu'un inconnu l'ait photographiée avant même lui. On a discuté, et il a accepté de me payer dix euros pour recevoir les photos. Dix euros. Ce n'est rien, et c'est la chose la plus importante qui me soit arrivée : pour la première fois, quelqu'un aimait assez mon travail pour vouloir le garder.
Depuis, la question n'est plus de savoir si j'aime ça. C'est de savoir jusqu'où je peux aller. Pour mes quinze ans, j'ai reçu mon premier vrai boîtier, un Sony ZV-E10 II. En août 2026, je suis entré en 4e secondaire pour y étudier la photographie — l'option ne s'ouvre qu'à partir de cette année-là, alors j'ai choisi celle qui m'apprend le métier.
Sur place, je commence toujours par la même chose : le tour complet de la voiture, en entier, tout de suite. Dans la rue on ne sait jamais si elle va démarrer dans les deux minutes — alors j'assure d'abord les images que je regretterais de ne pas avoir. Ensuite seulement je cherche : les angles, la lumière, le détail qui n'apparaît que depuis un seul endroit. Et s'il me reste du temps, je filme quelques plans pour en tirer une vidéo.
Ce que je cherche dans une image, c'est ce que le propriétaire ressent en regardant sa voiture, et qu'une photo d'annonce ne montrera jamais. La lumière de fin de journée sur une aile, le reflet qui suit une ligne, le moment où la machine arrête d'être un objet. Je travaille chaque photo comme un plan de film : une intention, un rythme, une émotion.
Encore aujourd'hui, quand je croise une voiture dans la rue, je m'arrête. Hypercar ou vieille caisse qui ne vaut plus rien, ça ne change rien : je la regarde, et si j'ai la chance de pouvoir la photographier, je le fais. C'est ce que je veux faire de ma vie.
Ma vraie difficulté n'est pas technique. C'est mon âge. Les gens ouvrent mon profil, voient quinze ans, et hésitent — et je les comprends. En face il y a des photographes installés depuis des années, des vidéastes qui tournent pour de grandes marques, et la quasi-certitude que le résultat sera bon. Confier ses images à quelqu'un de mon âge, c'est prendre un risque que personne n'est obligé de prendre.
Alors je ne demande à personne de me faire plaisir. Un professionnel vend son expérience ; moi j'ai autre chose — j'ai tout à prouver. Personne ne passera plus de temps que moi sur vos photos, parce que personne n'en a autant besoin. Je ne compte pas les heures : quand on aime ce qu'on fait, ce n'est pas vraiment du travail. C'est comme ça que je compte me démarquer, et faire de cette passion mon métier.
Mowix a commencé par l'automobile et continuera avec elle. Mais au fond, ce que je photographie, c'est un moment qui compte pour quelqu'un — un mariage, une montre, un lancement, un objet auquel on tient. La voiture est ma porte d'entrée, pas ma limite.
Ce site existe pour ça. Pour montrer ce travail — et pour rencontrer ceux qui aiment leur voiture, leur marque ou leur projet assez fort pour vouloir le voir en grand.
« Je crée des liens, pas des clients. »